Ce que le doctorat change vraiment à la vie

« – Je suis en thèse de doctorat. – Ah super, tu finis quand ? – … »

La thèse de doctorat, c’est le Graal des diplômes.

Pour beaucoup, il s’agit d’un grand mystère. Nous savons approximativement de quoi il retourne, un bac+8. Toutefois, dans les faits, c’est un peu plus complexe.

À quoi ça sert ? Comment s’inscrit-on ? Quelle est la durée des études ? De quelle manière se déroulent-elles ? On peut facilement trouver ça sur le net.

Mais la réalité du doctorant, quelle est-elle ? On en parle aujourd’hui.

C’est parti !

3 ans d’études, ou pas…

«Il faut rentrer en thèse comme on entre dans les ordres, il faut faire le chemin. » 

(Dardy, Ducard & Maingueneau, 2002, p.17)

Après 5 années d’études supérieures, le doctorat se déroule, logiquement, sur 3 ans. Durant ces trois années, nous suivons généralement un quota d’heures de formations liées à notre spécialité, entre 100 et 120 en fonction des écoles doctorales.

En parallèle, nous effectuons notre recherche.

Personnellement, j’ai effectué l’ensemble de mes heures en moins d’un an et demi, tout en suivant un cursus en langues étrangères. C’est donc largement faisable. Toutefois, lorsque l’on parle de la recherche et de l’avancée de la rédaction, c’est une autre paire de manches…

Trois ans, ça paraît court et tellement simple… Grande nouvelle : C’EST FAUX !

Suivre des cours et nourrir son esprit, c’est une chose. Mais s’asseoir et passer à l’écriture de notre manuscrit, ç’en est une autre… Et oui, la thèse, on sait quand ça commence, mais pas vraiment quand ça s’arrête…

Pourtant, au début du parcours doctoral, les étudiants ont étrangement une vision toute faite de ce que seront leur vie et leur thèse. J’étais pareille.

Mais on s’aperçoit peu à peu de la différence entre le mythe et la réalité. C’est comme avec Ikea, on y achète un mobilier de rêve, et on se retrouve à devoir monter un meuble en freestyle parce que, finalement, on ne sait pas comment s’y prendre autrement.

Clairement, comme l’illustre Tis, « le parcours doctoral, c’est comme un meuble IKEA » !

Le doctorat, ça change la vie ?

Autant le dire tout de suite, la réponse est oui.

Les priorités changent. Notre temps nous semble différent, plus précieux à l’approche des périodes de stress, mais on a surtout l’impression que TOUTE NOTRE VIE se joue sur ces trois (lol) années.

C’est un peu le cas, c’est vrai.

À la fameuse question : « Que fais-tu dans la vie ? », on répond fièrement « Je suis en thèse » lors des trois premières années.

Puis le discours change au fil des réinscriptions dérogatoires…

« Je tente de finir cette f*€*$ thèse et tu me stresses avec tes questions… » finit-on par hurler intérieurement…

Parce que, oui, nous ne nous attendions absolument pas à ça, malgré l’entourage, les professeurs, les thésards qui tentent de nous prévenir en amont. On ne peut pas s’y préparer avant d’y être jusqu’au cou

Hello les bibliothèques

Avec la thèse, on voit également ses habitudes évoluer. Pour les adeptes de sorties, elles deviennent soit plus rares, soit plus culpabilisantes, ou bien les deux ! Car entrer en thèse, c’est un peu comme entrer au couvent, mais dans une bibliothèque, ou un laboratoire ! Les autres lieux de vie deviennent des « pertes de temps ».

En vérité, on ne pourrait absolument pas rédiger 7/7 jours, 24/24h, mais on aime se l’entendre dire : « Si je n’étais pas venue, j’aurais pu rédiger 20 pages… » On connaît la chanson !

Il n’empêche que notre endroit favori (du moins pour calmer notre esprit hanté par le manuscrit) reste notre bureau, ou n’importe quelle place nous permettant de rédiger (ou de faire semblant haha).

Quel que soit son profil, généralement, on reconnait vite le doctorant.

Il s’agit de la personne assise du matin au soir à la table du coin calme de la BU, avec trois ou quatre piles de livres autour d’elle, des tasses de café ou un thermos, un pc et un carnet. Mais, surtout, un air très particulier sur le visage et une manie de cliquer pour enregistrer son fichier toutes les minutes… et ça, c’est indescriptible !

Bonjour les tocs de la sauvegarde

Cette angoisse permanente de perdre ses avancées est présente pour chaque étudiant, mais elle se décuple en thèse.

Chaque mot est un accouchement (j’exagère à peine), chaque validation de notre directeur est une victoire sur l’univers impitoyable de la recherche… Alors, pensez-vous, perdre ne serait-ce qu’une seule ligne de ce trésor nous rendrait fous à lier.

Et pourtant…

J’en ai perdu tellement ! Et j’ai pleuré, oui, pleuré. Mais c’est ainsi que l’on apprend, et que l’on finit comme ça :

Adieu le sommeil léger

Si on parle de la thèse de doctorat comme d’un enfant à naître, ce n’est pas pour rien.

Mais la différence avec un vrai bébé, c’est que la thèse vous empêche de dormir avant la naissance… (okay, le bébé aussi, mais on s’est compris !)

Très vite, les perfusions de caféine deviennent vite obligatoires…

Avant, j’étais une fille à thé. Puis j’ai commencé mes études supérieures. En m’inscrivant en doctorat, j’ai définitivement basculé du côté obscur de la tasse. Et mon sommeil s’est envolé !

Puis, peu à peu, les nuits sont remplies de pensées scientifiques…

Pendant ma thèse, je gardais toujours un carnet sur moi, de quoi noter même en pleine nuit. Car on pense thèse, on mange thèse, on dort thèse, on pleure thèse, on vit thèse ! Qu’on le veuille ou non…

Mais on l’aime quand même, sa thèse ?

Notre sujet, on finit par le détester tellement il nous habite, et c’est généralement à ce moment-là que l’on sait que l’on arrive bientôt au bout de notre parcours. C’est un mal pour un bien en somme !

Pourtant, on garde le sourire et on aime ce que l’on fait (on aime souffrir ? bah oui !). Car si on peut entrer en doctorat sans passion, c’est beaucoup plus difficile d’en sortir si la recherche ne nous prend pas aux tripes, d’autant plus si l’on n’est pas financé (et je sais de quoi je parle).

Alors oui, la réalité du doctorant est parfois dure émotionnellement, mais il faut en rire ! Faire de la recherche au niveau doctoral est une chance pour qui aime son sujet. Et si l’on me demandait d’y retourner, je signerais !

C’est tout pour aujourd’hui, en espérant que ces quelques mots vous auront donné du baume au coeur et le sourire.

À bientôt pour un nouvel article et, d’ici là, que la motivation soit avec vous,

Nina.

Épinglez cette image sur Pinterest pour retrouver facilement l’article.

Laisser un commentaire