La perte d’estime de soi pendant ses études

Il y a beaucoup d’intellectuels qui mettent en question le monde ; il y a très peu d’intellectuels qui mettent en question le monde intellectuel.

Pierre Bourdieu

« Je suis nul.le », « je n’y arriverai jamais », « je rate toujours tout », « je ne sais pas quoi faire de ma vie », « je fais vraiment n’importe quoi »…

On connait – malheureusement – toutes et tous ces phases négatives. Paradoxalement, les études sont une épreuve pour la confiance en soi. Et pour cause, la peur de l’échec, notre bonne vieille copine, est en partie responsable de ces pensées.

Mais il y a aussi des facteurs extérieurs faisant naître en nous cette horrible impression qu’on n’en saura jamais assez… Quels que soient nos efforts, les autres semblent toujours avoir une longueur d’avance sur nous.

Parfois, c’est totalement vrai. Nous ne sommes pas tous égaux face à la culture et l’éducation. Le privilège culturel existe. Mais ça n’est pas une fatalité pour autant.

Dans cet article un peu spécial, nous allons aborder les études supérieures à travers un prisme – modestement – sociologique. Je ne suis pas sociologue, je souhaite simplement partager ce point de vue qui, selon moi, fait sens dans chacun de nos parcours.

Ça vous dit? C’est parti !

Quand l’héritage culturel est un problème

Petite définition

Les pensées que je vais vous partager dans cet article se basent sur la vision bourdieusienne des études supérieures. Afin de cadrer ma pensée, voici une petite définition de la vision de Pierre Bourdieu.

Ainsi que le souligne Daniel Mercier,

Pierre Bourdieu, sociologue et analyste des pratiques culturelles (Les Héritiers ou « La reproduction »), s’attache à démonter les mécanismes de pouvoir symbolique (l’école, le langage, les pratiques culturelles …) par lesquels les classes dominantes perpétuent les inégalités sociales et se transmettent leurs privilèges de génération en génération par héritage intellectuel. Les pratiques scolaires comme les pratiques culturelles plus globalement (artistiques par exemple), qui s’affichent comme désintéressées et ont une prétention à l’universalité, loin d’être universelles et idéologiquement neutres, sont enracinées dans la structure sociale qu’elles contribuent à reproduire et perpétuer.

Et la hiérarchie des valeurs culturelles reflète la hiérarchie sociale. Les enfants des classes dominantes ne sont pas seulement les héritiers d’un patrimoine matériel, ils sont aussi les héritiers de la culture. Pour Bourdieu, la réussite scolaire des enfants des classes dominantes ne s’explique pas par leur talent mais par leur héritage culturel. En effet les familles privilégiées transmettent à leurs enfants un capital culturel que l’école va valoriser, sous forme d’ « habitus » de classe. Les enfants de la classe dominée sont eux confrontés à des problèmes d’acculturation (assimilation d’une nouvelle culture). Dans un tel contexte, l’idéologie de l’égalité des chances permet de rabattre la responsabilité de l’échec sur les enfants des classes populaires qui acceptent ainsi leur élimination et la considèrent comme normale.

Maintenant que le cadre est posé, passons à l’analyse de l’impact de cet héritage – ou de son absence relative – dans notre quotidien universitaire.

L’impact de l’héritage culturel dans les études

Je ne vais pas vous faire une analyse sociologique, j’en serais bien incapable. Toutefois, il est clair que ce facteur a été déterminant dans ma posture d’étudiante.

Ce sentiment d’infériorité déguisé sous un manque de confiance en moi, l’impression d’être inadaptée, de toujours devoir en faire deux fois plus et cette impression d’avoir à prouver que l’on mérite sa place… Ce n’était pas qu’une impression.

Oui, les différences culturelles, économiques et sociales comptent. Je n’ai jamais eu le capital culturel nécessaire à une avancée fulgurante et facile dans les études supérieures. J’ai pourtant été avantagée par rapport à d’autres, je ne le nie pas.

En effet, malgré tout, grâce à l’éducation donnée par mes parents – et grâce à leur propre milieu d’origine – j’ai été favorisée. J’ai grandi dans une petite ville, dans un milieu préservé. Mes hobbies, mon style, mes goûts allaient de pair avec cet univers. Théâtre, musique, arts, etc. Toutes ces choses m’ont ancrée dans un certain modèle, dans un certain milieu.

Pourtant, lorsqu’on se retrouve sur les bancs de la fac – ou même du lycée -, les différences sont là.

On s’adapte et on avance

Pour avancer malgré les différences, on doit mettre des stratégies d’adaptation en place, mais, surtout, être fier de qui l’on est. C’est primordial.

J’avais conscience de mes failles. Je ne connaissais pas toutes les références. J’avais trois fois plus de livres à lire que les autres pour rester au niveau. Est-ce que je l’ai fait? Absolument pas… Sans même m’en rendre compte, j’ai lutté en choisissant de suivre mon instinct. Et, par ce combat contre ce système qui voulait que je sois différente, je me suis imposée différemment pour réussir. Ou alors je suis une grosse flemmarde qui ne fait pas les choses dont elle n’a pas envie…

J’ai donc utilisé mes talents et j’ai forgé mon caractère. Et c’est parce que je sais d’où je viens et ce que je veux que j’ai eu la force de tourner le dos à ce monde qui, finalement, ne faisait que me jeter une poudre aux yeux incroyablement allergène. Aussi, pour être honnête, j’ai pris conscience de tout ce poids culturel, et j’ai tout simplement cessé de lutter. Mon énergie est trop précieuse pour ce genre de combats.

Ça ne m’a pas empêchée d’aller au bout de mon parcours. Je l’ai simplement fait en étant consciente des réalités du monde qui m’entourait. Ça n’a pas changé les choses, mais ça a amélioré mon état d’esprit.

Être moins favorisée : une chance?

Être une fille d’ouvrier immigré ne donne pas les mêmes chances qu’être un fils de médecin ou de cadre possédant un capital socio-culturel plus riche. Mais ça n’empêche pas de réussir sa vie, avec des valeurs plus fortes sans doute.

Oui, voir ses parents lutter davantage pour nous offrir une belle vie, ça forge le caractère. La valeur donnée aux biens matériels, au travail, à la famille ou aux études s’en trouve changée. Avec un peu de chance, cette différence de départ peut être une véritable chance, à la condition de ne pas se sentir inférieur aux autres du fait de ces différences.

Ne pas avoir lu tous les classiques ne fait pas de nous une moins bonne personne, ni même une moins bonne élève. Je vous encourage à les lire, c’est certain. Mais, encore une fois, ne vous méprenez pas et ne pensez pas que votre estime de soi augmentera avec vos lectures. Visez votre enrichissement personnel, pas votre valeur aux yeux de vos pairs.

Plutôt que de perdre votre temps à vous dévaloriser, misez plutôt sur vos points forts, et travaillez-les. Jusqu’à preuve du contraire, nous disposons tous d’un caractère et de talents. Si votre esprit est aiguisé, vous vous débrouillerez toujours pour réussir ce que vous entreprendrez et surmonter vos échecs. Vous devrez fournir plus d’efforts que d’autres, c’est vrai. Mais maintenant que vous le savez, qui pourra vous stopper? Lalalalafouine…

Et, soyons clairs, travailler deux fois plus permet également d’être deux fois plus satisfaits le jour où vous atteignez votre objectif…

Accepter l’inévitable

Il est vrai que les chances d’accéder à l’enseignement supérieur diffèrent en fonction de notre catégorie sociale d’origine. Nier peut vous aider un temps. Pour ma part, je préfère accepter le réel et y trouver ma place.

Je pense qu’il y a des choses que l’on ne pourra pas changer. Comme le dit Pierre Bourdieu :

La reproduction des inégalités sociales par l’école vient de la mise en oeuvre d’un égalitarisme formel, à savoir que l’école traite comme égaux en droits des individus inégaux en fait c’est-à-dire inégalement préparés par leur culture familiale à assimiler un message pédagogique.

Ainsi, si je m’y étais mise plus tôt, accepter l’inévitable m’aurait fait gagner du temps. J’ai perdu beaucoup d’énergie à me battre contre ces choses qui, pourtant, sont logiques. Oui, il existe des inégalités. Et, non, je ne parviendrai pas à les changer du haut de mon mètre soixante. Autant apprendre à vivre avec.

On vit bien mieux les différences lorsqu’on en apprivoise les causes. Il en est de même concernant les inégalités. Bien sûr, je ne dis pas que nous devons nous résigner. Mais il est plus productif de réaliser que les inégalités scolaires ont des causes sociologiques. Ça ne signifie pas que nous allons échouer, mais ça souligne simplement une vérité : nous aurons plus de difficultés à réussir.

Deux choix s’offrent alors à nous :

  1. Soit nous luttons contre l’évidence tout en restant en colère;
  2. Soit nous acceptons la réalité et on s’en accommode pour avancer avec le courant.

Comment inverser la perte d’estime de soi ?

Étant assez d’accord avec Bourdieu, je ne pense pas que les inégalités sociales et culturelles puissent être inversées. Toutefois, pour éviter de perdre toute estime de soi durant ses études, différentes choses peuvent être mises en place.

D’une part, on travaille sa confiance en soi et son estime de soi. Un travail d’introspection, de développement personnel et/ou une psychothérapie sont de bonnes choses à mettre en pratique. Ces solutions nous aident à découvrir nos forces et à gérer nos sentiments d’illégitimité.

D’autre part, on peut travailler sur ses connaissances. Construire sa culture générale et développer son esprit critique par la lecture, les reportages, les documentaires pourra vous donner davantage confiance en vous dans un monde où le savoir est une armeOui, j’avais le t-shirt aussi…

Voici quelques outils et petites habitudes efficaces. Je les ai tous testés et approuvés, à vous de trouver ceux qui vous plaisent :

  • France Culture propose des tonnes d’émissions intéressantes. En cas de doute, lancez le direct et laissez-le vous surprendre.
  • Écouter des podcasts ou des vidéos You Tube. Vous avez l’embarras du choix… En ce moment j’apprécie les épisodes du Précepteur.
  • Lire les journaux. J’ai longtemps lu Le Monde, Le Monde littéraire et Le Monde diplomatique. J’ai arrêté il y a longtemps, mais ça a nourri toutes mes études.
  • Suivre les débats télévisés, qu’ils soient politiques ou culturels. Les émissions d’Arte ou de France 5 sont toujours une source de connaissances.

Doit-on changer pour être heureux?

Attention, je ne conseille pas de chercher à changer du tout au tout. Il s’agirait plutôt d’améliorer ce que nous sommes. En nourrissant notre terreau, on se donne la chance de faire fleurir de meilleures plantes.

Il faut choisir ses combats, notre temps et notre énergie ne sont pas éternels. Assurons-nous de bien les investir.

Enfin, si le sujet vous intéresse, voici quelques ressources intéressantes qui pourront servir de base :

C’est tout pour cet article un peu spécial. S’il vous a plu, faites-m’en part en commentaire.

On se retrouve bientôt pour un nouvel article. D’ici là, retrouvez-moi sur Instagram, et que la motivation soit avec vous,

Nina.

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